jeudi 14 janvier 2010

L’aide publique au développement est-elle efficace ?

Par Chérif Salif SY, Secrétaire général de l’association Sénégalaise des Économistes (ASE)

Une chose est certaine, les pays sous-développés ont toujours accepté l'aide publique extérieure et continuent de la réclamer depuis sa première formulation à la première conférence de la CNUCED, en 1964. Mais le débat sur sa nécessité, sa neutralité, son efficacité est encore en cours.
Du côté des Nations unies, on peut noter que le lancement des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) après la décennie du développement des années 1990 est la preuve de l'inefficacité de l'aide. Au surplus, on n'y parle plus de filets de sécurité comme au moment des programmes d'ajustement structurel, mais surtout de "réduire de moitié l'extrême pauvreté". C'est sans commentaire. Aujourd'hui, le discours dominant parle d'une nouvelle APD technique, en faveur des marchés pour la protection des "biens publics mondiaux". La question est de savoir à ce moment, si une aide publique au développement peut-être "apolitique". Ma réponse est non.

Je pense alors qu'il faut que les Africains mettent de plus en plus l'accent sur leurs ressources internes et la fiscalité. Voyez par exemple, sur les quinze dernières années, les transferts des émigrés africains ont été multipliés par six alors que l'aide publique au développement n'a pas varié. En matière de croissance économique, le continent n'a pas de leçons à apprendre du monde occidental. Entre 1991 et 2009 en tenant compte de l'impact de la crise financière de 2008, l'Afrique, avec une moyenne de croissance économique de 5,09 %, est largement au-dessus de la moyenne mondiale pour la même période, qui est de 3,35 % contre 1,65 % pour les pays industrialisés.
Regardons donc vers l'Afrique et nous verrons qu'il existe plusieurs raisons d'espérer. La région a été, en 2009, selon Mc Kinsey & Co, la troisième contributrice a la croissance mondiale après la Chine et l'Inde. L'inflation a diminué de moitié depuis les années 1990, les réserves de change ont cru de 30%, les finances publiques ont enregistré un excédent de 2,8 % du PIB en 2008, comparé à un déficit de 1,4 % entre 2000 et 2005, et le taux d'épargne est estimé entre 10 et 20%.
En dépit du discours misérabiliste que l'on se plaît à entonner à l'envie sur l'Afrique, voilà tout de même autant de raisons de penser que quelque chose de bien est en train de se passer en Afrique. Quelque chose riche d'enseignements et qu'il faut consolider même si la gouvernance dans presque tous les pays reste un grave problème qui mène à une impasse.
Malgré des difficultés persistantes pour certains pays, les perspectives sont donc plus favorables pour la plupart des pays qu'elles ne l'avaient été depuis longtemps. Plusieurs facteurs sous-tendent ce redressement et pas uniquement l'augmentation de l'aide, portée surtout par des allégements de dette ; l'environnement macro-économique est l'amélioré et stabilisé; la croissance, de façon générale, a été dopée par la mise en exploitation de nouveaux gisements pétroliers en Afrique australe et centrale, mais elle concerne aussi les pays qui ne produisent pas de pétrole.
Comment dans ce contexte faire en sorte que cette croissance profite à tous? Comment assurer par exemple le plein emploi? En provocant et en soutenant cette expansion par une politique d'industrialisation et de développent des exportations de produits manufacturés; d'aide aux investissements privés; de relance de la consommation et surtout de maintient des investissements publics.

Source : Le Monde

1001 Fontaines pour demain !

Près d’un milliard et demi de personnes n’ont pas accès à l’eau potable dont plus de 900 millions en environnement rural. Si réduire ce nombre de moitié d’ici 2015 fait partie des Objectifs du Millénaire et mobilise ainsi de nombreux moyens de la communauté internationale (voir : l'OMS et l'UNICEF et l'accès à l’eau potable), trop de gens encore n'ont d'autre possibilité que de boire « l’eau de la mare ».
Sans attendre un avenir meilleur, « 1001 fontaines pour demain » propose une solution simple permettant aux petites communautés isolées de produire au minimum leur eau de boisson en potabilisant par eux-mêmes la ressource à portée de main, le plus souvent l’eau de surface.
Avec environ 2 litres par personne et par jour, on limite significativement les maladies d’origine hydrique dont ces populations souffrent et qui sont, en particulier, responsables d’un taux de mortalité infantile proche de 20%.
« 1001 fontaines pour demain » a vu le jour début 2004, et, après avoir mené ces premiers projets dans trois villages du Nord-Ouest du Cambodge en 2005 dont les résultats ont été probants, ils ont déployé leur solution dans huit nouveaux villages pour une population de bénéficiaires de plus de 10.000 personnes. En 2008 et 2009 de nouvelles « fontaines » ont été installées au Cambodge et un projet pilote a démarré à Madagascar.


mercredi 13 janvier 2010

Microcrédit, miracle ou désastre ? par Esther Duflo

Le microcrédit est, sans aucun doute, l'innovation qui a fait le plus parler d'elle dans la lutte contre la pauvreté. Il y a un peu plus de trente ans, Mohammed Yunus consentait ses premiers prêts à un groupe de femmes du Bangladesh. Il y a aujourd'hui plus de 150 millions de micro-emprunteurs à travers le monde. Le programme a essaimé jusqu'aux Etats-Unis et en France. La grande majorité de ces clients n'avaient auparavant aucun accès au crédit bancaire et étaient contraints d'avoir recours aux usuriers de village, qui pratiquent des taux faramineux (en Inde, les vendeurs de légumes qui empruntent à la journée paient jusqu'à 5 % par jour, et dans les villages, des taux de 20 % par mois ne sont pas rares).
Or, presque tous doivent bien, un jour ou l'autre, avoir recours au crédit : en effet, les pauvres vivent dangereusement... Ils sont très souvent à leur compte : au Pérou, 69 % des ménages urbains les plus pauvres ont leur propre entreprise. En Inde, au Pakistan, au Nicaragua, cette proportion se situe entre 47 % et 52 % (dans les pays de l'OCDE, la proportion d'entrepreneurs n'est que de 12 %). Dans les régions rurales, la part des ménages à leur compte est encore plus importante. Le moindre choc (une mauvaise récolte, une maladie, un vol...) les laisse extrêmement vulnérables. Les filets de sécurité auxquels nous sommes habitués, Sécurité sociale, retraite et même la possibilité de déposer le bilan, n'existent pas. Epargner est difficile et dangereux : les banques ne veulent pas gérer des petites sommes et les économies laissées sous le matelas disparaissent facilement.
C'est pourquoi rares sont les pauvres qui n'ont aucune dette. Au Pakistan, 93 % des ménages les plus pauvres sont endettés, souvent à la suite d'un choc, parfois pour financer leur activité ; au Rajasthan, ils sont plus de deux tiers et en Afrique du Sud, un tiers. Alors que ces ménages avaient auparavant forcément recours à l'usurier local ou au propriétaire terrien, ils ont aujourd'hui la possibilité d'emprunter à des institutions de microfinance. Les taux d'intérêt, bien qu'élevés si nous les comparons à ceux qui sont pratiqués dans les pays développés (de 20 % à plus de 100 % par an selon les pays), sont nettement plus faibles que ceux auxquels ils étaient habitués.
Cela représente une réussite importante, dans des pays où les services à l'intention des plus pauvres, privés ou publics, brillent par leur absence. Les essais des décennies antérieures pour distribuer des crédits subventionnés par l'intermédiaire des banques nationales se sont écroulés, sous le poids des non-remboursements et de la corruption. Les institutions de microcrédits sont dirigées par des entrepreneurs qui maîtrisent parfaitement la distribution d'un service de qualité à très grande échelle : par leur dynamisme et leur capacité d'innovation, ils ont réussi là où des tentatives bien mieux financées et soutenues par des gouvernements locaux ou étrangers avaient échoué.
Mais beaucoup voient dans le microcrédit bien plus qu'un simple instrument financier. Pour eux, le microcrédit devrait favoriser une transformation en profondeur de la vie des plus pauvres. Donner cet outil financier à des familles - et souvent à des femmes, ce qui est sans doute encore plus important - leur assurerait non seulement un moyen de vivre mais une dignité, les conduirait à investir plus pour leur santé ou l'éducation et à réduire la discrimination contre les femmes et les petites filles. Certains sont allés jusqu'à suggérer qu'en accordant aux femmes l'accès à un capital, le microcrédit permettrait de lutter contre le sida...
La vision du monde de Mohammed Yunus est profondément optimiste : selon lui, chacun de nous est un entrepreneur en puissance et la seule chose séparant une femme pauvre du Bangladesh d'un directeur d'entreprise serait l'accès au capital (et peut-être à un téléphone pour savoir où vendre ses produits !). La lutte contre la pauvreté n'a pas besoin de charité : il suffit de créer les bonnes opportunités que les pauvres sauront saisir pour faire croître leur entreprise et rembourser emprunts et intérêts. Ce message est très séduisant : il semble dévoiler les clefs d'une richesse humaine cachée qu'un produit financier bien fait débloquerait. Il rejoint les conclusions de l'économiste péruvien Hernando de Soto, pour qui la barrière fondamentale à la réussite des plus pauvres est l'absence de droits de propriété sur leur maison et leurs terrains, les empêchant de capitaliser sur leur richesse. Il trouve un écho important chez les sceptiques de l'aide et du rôle des gouvernements : la clé de la fin de la pauvreté reste le marché.
Cet enthousiasme n'est pas sans susciter des retours de bâton. Certains sont sceptiques, voire hostiles. Ils considèrent les banquiers du microcrédit comme de nouveaux usuriers qui exploitent l'incapacité des plus pauvres à résister à la tentation de l'emprunt ; ils soulignent que les taux d'intérêt, souvent présentés de manière obscure, restent très élevés par rapport à ce que paient les plus riches. Ces critiques attribuent même au microcrédit les suicides de paysans surendettés, soumis à une pression indue exercée par les agents de prêts. En effet, ceux-ci, rémunérés en fonction du nombre de clients et de leur taux de remboursement, sont incités à pousser à l'emprunt d'abord, et à forcer au remboursement par tous les moyens ensuite.
Ces derniers temps, cette vision négative a gagné du terrain : on la voit s'exprimer dans de nombreux blogs et articles de presse, qui vont jusqu'à accuser le microcrédit de ruiner les économies locales. Le fait que le microcrédit soit souvent présenté comme l'alternative aux programmes de redistribution traditionnels et les profits importants réalisés par certaines des institutions ne sont certainement pas étrangers à ces critiques.
Le microcrédit, miracle ou désastre ? Malheureusement, en dépit de l'importance du débat, il n'y avait pas jusqu'à récemment d'étude rigoureuse de part ou d'autre. Partisans et adversaires se battaient à coup d'anecdotes ou d'études difficiles à interpréter, parce qu'elles comparaient des pommes et des oranges (c'est-à-dire des emprunteurs et des non-emprunteurs). Chaque camp avait beau jeu de critiquer les données imparfaites des autres.
Mais cela est en train de changer grâce au courage et à la vision de certaines institutions particulièrement novatrices : Spandana en Inde, Al Amana au Maroc, First Macro Bank aux Philippines, Compartamos au Mexique ont permis à des chercheurs (dont j'ai eu la chance de faire partie) d'évaluer rigoureusement l'impact de leurs programmes dans le cadre d'expérimentations : des personnes similaires en tous points, mais dont certaines ont eu la possibilité d'emprunter et d'autres non, sont comparées. Nous avons aujourd'hui les résultats des évaluations réalisées aux Philippines et en Inde.
Ces deux programmes sont très différents. Aux Philippines, First Macro Bank propose des emprunts à des entreprises qui existent déjà, sur une base individuelle. En Inde, Spandana utilise le modèle canonique de la Banque Grameen (l'institution créée par Mohammed Yunus): un petit emprunt solidaire, réservé à des femmes. Pourtant, les résultats concordent : dans les deux pays, les emprunteurs acquièrent plus de biens durables (télévision, réfrigérateur, etc.) pour leur foyer. Ceux qui ont une petite entreprise investissent dans celle-ci : ils acquièrent des actifs productifs (bicyclette, machine à coudre) ou augmentent leurs stocks. En Inde, un emprunt sur huit conduit à la création d'une nouvelle activité indépendante (aux Philippines, tous les emprunteurs avaient déjà une entreprise).
Ces études semblent donc nous dire que le microcrédit rend exactement les services attendus d'un bon produit financier : il permet à ses clients d'effectuer des achats importants, pour leur activité ou pour leur ménage, qu'ils n'auraient pas pu engager autrement.
Mais, dix-huit mois plus tard, on ne constate aucun signe d'une transformation profonde de la vie de ces familles : ni l'une ni l'autre de ces études ne démontre d'impact sur la santé, la scolarisation ou le pouvoir de décision des femmes. En revanche, contrairement aux prédictions pessimistes des sceptiques de la microfinance, on ne constate aucune frénésie de consommation irresponsable provoquée par l'argent facile : au contraire, en Inde, les familles abandonnent certaines des petites tentations de la vie courante (thé, snacks, noix de bétel, tabac) pour rembourser l'emprunt qui leur a permis d'acheter des biens durables.
Il ne s'agit bien sûr que d'effets à court terme. L'impact dans trois ans ou plus sera peut-être tout à fait différent. Les revenus supplémentaires de l'activité financeront-ils la scolarisation des enfants ? Ou bien le poids des remboursements hebdomadaires se fera-t-il sentir davantage ? Les données sont en cours de collecte.
Le monde rêve d'une recette miracle contre la pauvreté et le microcrédit était un candidat tout à fait plausible. Ces études suggèrent qu'il est temps de revenir à une description plus nuancée de ses avantages possibles. Mais reprocher au microcrédit d'être inutile ou dangereux parce qu'il ne se révèle pas être cette recette miracle n'a pas grand sens.
Laisser de côté le discours polémique a aussi l'avantage de nous inciter à dépasser un débat binaire pour remettre en question le modèle canonique du microcrédit et nous demander comment il pourrait encore mieux servir ses emprunteurs. Une des limites du microcrédit est qu'il finance essentiellement des activités à toute petite échelle, de très faible croissance, bien éloignées de l'image d'Epinal d'un Bill Gates démarrant Microsoft dans son garage : dans les rues des villes d'Inde, d'Indonésie ou du Bangladesh, on voit d'innombrables petites épiceries, vendant toute la même chose, dont les bénéfices suffisent à peine à payer un salaire minimal à leur propriétaire, en dépit des dix à douze heures de travail quotidien. Ces micro-entreprises ont beaucoup de mal à passer à la vitesse supérieure : plus de 90 % des entreprises des clients de Spandana que nous avons étudiées n'ont pas d'employé ; aucune n'en a plus de trois. Dans quelle mesure la structure même du microcrédit contribue-t-elle à cet état de chose ?
Un premier aspect est la responsabilité solidaire, marque de fabrique du microcrédit. Elle décourage la prise de risque, car les autres femmes du groupe ne veulent pas prendre le risque de devoir rembourser en cas d'échec, alors qu'en cas de succès, elles n'empocheront pas les gains supplémentaires : elles auront donc tendance à empêcher les autres membres de se lancer dans des activités risquées, mais plus rentables. Or une étude récente aux Philippines montre que le prêt solidaire n'est pas essentiel au bon remboursement : les taux de remboursements sont tout aussi élevés dans les succursales traditionnelles que dans celles où les clientes sont seulement responsables de leur propre emprunt.
Le remboursement hebdomadaire et immédiat, autre pierre angulaire du microcrédit, a lui aussi ses limites. Au Bengale-Occidental, l'organisation Village Welfare Society a permis à certaines clientes de ne commencer à rembourser que quelques semaines après avoir perçu l'argent du prêt. Cela leur a permis de faire des investissements plus ambitieux et plus rentables : par exemple, celles qui voulaient se lancer dans la vente de vêtements ont acheté une machine à coudre plutôt qu'un stock de saris à revendre. Ce niveau de risque plus élevé a, bien sûr, conduit à plus d'échecs et donc à plus de non-remboursement.
Ainsi paradoxalement, le microcrédit, par ses règles actuelles, est plus adapté à financer des activités familiales qui vivotent que de véritables entreprises créant des emplois. Mais le mouvement est en train de se renouveler : certaines institutions de microcrédit (dont Grameen Bank,) ont discrètement abandonné le prêt solidaire. Elles continuent à demander à leurs clientes de se rencontrer chaque semaine, ces réunions créant des liens sociaux forts, facilitant l'entraide en cas de crise. Mais elles ne sanctionnent plus une cliente lorsqu'un membre du groupe ne rembourse pas. Par ailleurs, des organismes comme Accion aident les institutions de microfinance à proposer à leurs meilleurs clients des produits individuels, adaptés au financement d'entreprises un peu plus importantes. D'autres groupes proposent des formations en comptabilité ou en gestion à leurs clients.
Mais le financement n'est pas la seule barrière à la croissance des micro-entreprises. Dans de nombreux cas, les clients de la microfinance sont entrepreneurs faute de mieux. A la suite de la crise asiatique par exemple, le nombre d'entreprises familiales a explosé en Thaïlande. Mais contrairement aux périodes antérieures, ces entreprises n'ont pas prospéré. Leurs propriétaires les ont abandonnées dès que la situation économique s'est améliorée et qu'ils ont pu retrouver un emploi salarié. Ces entrepreneurs forcés rêvent, pour eux et pour leurs enfants, d'un emploi stable, qui semble, lui, enclencher une vraie dynamique de transformation : sa sécurité permet d'investir dans la scolarisation des enfants, la santé ou une maison plus accueillante.
Cela ne remet bien évidemment pas en cause l'utilité du microcrédit, puisque ces emplois stables n'existent pas ou pas en assez grand nombre. Une activité, même modeste, constitue déjà un revenu essentiel. Toutefois la vision romantique d'un milliard d'entrepreneurs aux pieds nus est probablement une illusion. Savoir distinguer ceux de leurs clients qui ont réellement le goût du risque et de l'entreprise de ceux qui y sont contraints, et offrir à chacun des services adaptés est le nouveau défi de la microfinance. Parallèlement, le développement d'un vrai secteur salarial (industriel ou de service) doit rester une priorité pour une politique économique dans les pays pauvres.

Esther Duflo est économiste, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et cofondatrice de la chaire Abdul LatifJameel Poverty Action Lab (J-PAL) sur la réduction de la pauvreté et le développement, elle a été, en 2009, titulaire de la chaire Savoirs contre pauvreté au Collège de France. Elle vient de publier "Le Développement humain" et "La Politique de l'autonomie" (Seuil-La République des idées, 11,50 € chaque volume).


Tribune publiée ce jour dans Le Monde

mardi 12 janvier 2010

2010, année européenne de lutte contre la pauvreté

En 2000, les dirigeants européens s'étaient donné dix ans pour éradiquer la pauvreté dans l'Union européenne. Aujourd'hui, à mesure que l'échéance approche, force est de constater que cet objectif est loin d'être atteint.
Le fléau de la pauvreté ne frappe pas seulement les pays en développement. C'est un phénomène complexe, aux causes multiples, qui n'épargne pas les sociétés européennes et prive une frange de la population de conditions de vie décentes.
Au sein de l'UE, les personnes disposant d'un revenu inférieur à 60 % du revenu médian national sont considérées comme pauvres. Selon ce critère, environ 80 millions d'Européens — soit plus de 15 % de la population — vivent en deçà du seuil de pauvreté. Un Européen sur dix vit au sein d'un ménage où personne ne travaille. Pour 8 % des Européens, avoir un emploi ne suffit pas pour sortir de la pauvreté.
L'heure n'est toutefois pas au découragement. L'UE a placé l'année 2010 sous le signe de la solidarité, une valeur fondamentale pour l'Europe. De nombreuses activités et initiatives sont prévues tout au long de cette «Année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale». Ainsi, une réunion rassemblant des personnes démunies venues de toute l'Europe sera organisée en mai prochain, suivie d'une table ronde en octobre. En outre, chaque pays de l'Union présentera un programme répondant à sa situation spécifique.
En finir avec la pauvreté était l'un des principaux objectifs de la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l'emploi, adoptée par les États membres en 2000. Cette campagne européenne vise à donner un nouvel élan à la lutte contre la pauvreté et à faire de cet ambitieux projet une réalité.

source euronews

mercredi 6 janvier 2010

Le Sud face à la crise

La crise n’a pas de frontières. Cantonnée dans un premier temps aux pays riches (Etats-Unis et Europe en tête), elle s’est rapidement répandue tel un virus aux pays en développement (PED). Dominant les débats au début du séisme financier, l’hypothèse d’un « découplage » entre économies du Nord et du Sud n’est donc désormais plus d’actualité. Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant : les vagues successives de libéralisation financière et commerciale liées au processus de globalisation ont rendu les économies en développement fortement vulnérables aux chocs externes.
Certes, la crise ne frappe pas l’ensemble des PED avec la même intensité. Pour ceux qui disposent d’excédents commerciaux élevés grâce à leurs exportations, la récession est plus facile à affronter. C’est surtout le cas des économies émergentes telles que la Chine, l’Inde, le Brésil ou encore l’Indonésie. Par contre, pour les pays à faible revenu, la pilule de la crise est nettement plus amère. En effet, dans le cas de l’Afrique sub-saharienne, les Nations-Unies déplorent qu’en raison de la récession actuelle : « la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement d’ici à 2015 est devenue pour ainsi dire impossible ».
Néanmoins, si elle les affecte de façon différenciée, la crise emprunte des canaux similaires pour s’étendre aux pays en développement. La première courroie de transmission est l’effondrement des échanges commerciaux. En effet, l’éclatement de la récession dans les pays industrialisés a provoqué un effondrement de leur taux de consommation qui, par voie de conséquence, s’est traduite par une chute des revenus d’exportation des PED. Les économies émergentes, par exemple, ont été particulièrement touchées par la baisse de la demande globale de biens de consommation durable et de biens d’équipement. Dépendant de leurs exportations de matières premières, les pays les plus pauvres ont été, quant à eux, durement affectés par l’effondrement du prix de ces dernières. Le deuxième canal de propagation de la crise vers les PED est le tarissement des flux financiers. Après avoir atteint un niveau record de 1029 milliards de dollars en 2007, les entrées de capitaux privés devraient en effet tomber à 363 milliards de dollars en 2009. En cause : la décision des investisseurs étrangers (banques, fonds de pension, fonds spéculatifs, etc.) de revendre une partie de leurs actifs pour éponger leurs pertes gigantesques liées à la crise des subprimes.
L’année 2009 a donc été particulièrement difficile pour les PED. En annonçant les prémices d’une reprise dès 2010, les organisations internationales se veulent néanmoins rassurantes. Ainsi, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance de l’économie mondiale de 3,1% en 2010, après un recul de 1,1% du PIB mondial en 2009.
Pourtant, la perspective d’un rebond économique doit être sérieusement mise en question pour trois raisons principales. Tout d’abord, sur le plan bancaire, malgré des profits substantiels enregistrés ces derniers mois, les banques regorgent encore de produits toxiques qui plombent leurs bilans et rendent incertain la reprise du crédit. En effet, ces dernières n’ont comptabilisé pour l’instant que 40% des pertes qu’elles devront finir par prendre en compte. Deuxièmement, sur le plan commercial, bien que la Chine et l’Asie émergente enregistrent actuellement une reprise, leur poids économique n’est pas suffisant pour tirer seul l’économie mondiale. En outre, il y a lieu de s’interroger sur la capacité des pays riches – plombés par l’endettement – à absorber les exportations asiatiques avec autant d’entrain qu’avant la crise. Enfin, même si la reprise devait s’installer en 2010, elle finirait par déboucher tôt ou tard sur de nouvelles crises systémiques. En effet, compte tenu de l’absence de mesure ambitieuse pour re-réguler les marchés financiers, rien n’empêche aujourd’hui les banques de s’engager dans les mêmes opérations risquées qui ont conduit à la crise actuelle. Il semble d’ailleurs que les injections massives de milliards de dollars effectuées par les Etats et les banques centrales pour sauver le secteur financier aient déjà conduit à l’émergence de nouvelles bulles spéculatives. En effet, depuis le second semestre 2009, les cours ont flambé de façon concomitante sur les marchés boursiers (en particulier en Asie), obligataires (notamment sur les emprunts d’Etat) et des matières premières (y compris les produits agricoles). Il s’agit bien de spéculation car ces hausses sont déconnectées de la réalité économique. Ces bulles finiront donc probablement par éclater, avec tous les dégâts sociaux et économiques qu’une telle issue implique.

Reprise ou pas, le système financier ne peut pas se passer d’une refonte en profondeur, au risque de s’effondrer encore plus violemment. Les mesures entérinées par les leaders du G20 sont cependant bien trop timides pour garantir une sortie de crise écologiquement soutenable et socialement équitable. En outre, les pays les plus pauvres ont à nouveau été largement oubliés par les leaders mondiaux. Ils sont pourtant les premières victimes d’une crise dont ils ne sont pas à l’origine. Pour leur assurer les moyens de sortir de la récession et de financer leur développement, les cinq champs d’action suivants devraient être envisagés à court et moyen terme :
- Augmenter l’aide non créatrice de dettes, ce qui implique que les pays donateurs maintiennent leur engagement de consacrer 0,7% de leur RNB d’ici 2015 à l’aide publique au développement ;
- Annuler la dette des pays en développement ;
- Instaurer une taxe sur les transactions financières pour financer le développement ;
- Enrayer la spéculation sur les marchés agricoles ;
- Lutter contre la fuite de capitaux.

source : CNCD

lundi 4 janvier 2010

Développer l'accès à l'eau par le dessalement


On le sait, l'accès à l'eau est la cheville ouvrière des OMD. Pour les pays du sud, souvent aride, le développement de cet accès passe souvent par des solutions de dessalement de l'eau de mer, massivement implantées dans les pays du Moyen-Orient... reste que de petites communautés n'ont pas toujours les moyens de s'offrir ces infrastructures. Une mini-station de dessalement vient d'être développée à leur attention par une entreprise suisse.
L’appareil, qui tient dans un coffre de voiture, pourrait faciliter l’accès à l’eau potable. «Actuellement, des populations entières sont déplacées lorsque leurs puits subissent des infiltrations de sel, explique Renaud de Watteville, cofondateur de la société Swiss Fresh Water. Quelque 87 millions de personnes n’ont pas accès à une eau potable de qualité et vivent pourtant en bord de mer mais loin de centres urbains.» Grâce à sa rencontre avec l’ingénieur EPFL Jean-François Treyvaud, Renaud de Watteville, pilote d’avion de formation, a développé en 2005 un appareil de dessalement novateur. Fonctionnant grâce à un procédé d’osmose inverse, c'est à dire de pressurisation du liquide contre une membrane retenant le sel et les impuretés (comme les « vraies » usines de dessalement), celui-ci vient de recevoir le prix «Coup de pouce» de la Fondation René Liechti.

Source : Le Temps

dimanche 3 janvier 2010

La Banque mondiale débloque 1,3 milliards de dollars pour les pays pauvres

La Banque mondiale a annoncé avoir débloqué 1,3 milliard de dollars supplémentaires pour aider les pays les plus pauvres conformément à une demande des pays du Groupe des Vingt (G20).
Cette allocation vient renforcer les ressources de l'Association internationale de développement (AID), institution de la Banque chargée d'aider les pays les moins avancés.
Ces fonds seront disponibles jusqu'au mois de juin 2011, indique la BM dans un communiqué.
Ils permettront à l'AID d'apporter "un soutien financier supplémentaire pour adoucir les effets de la crise sur les pays pauvres", ajoute le texte.
Lors de leur sommet de Pittsburgh (Etats-Unis) fin septembre, les pays avancés et émergents du G20 s'étaient engagés à ne pas oublier les pays les plus pauvres.
Sans rien annoncer cependant de nature à les aider, ils s'étaient reposés sur la Banque mondiale en lui demandant de débloquer de nouvelles ressources "au profit des pays à faible revenu".

Source AFP

Partager cette information

http://www.wikio.fr